Je dois avouer que je suis un peu mêlé. Je ne suis pas sûr quelle attitude adopter après ces premiers jours de l’ère Obama.

Il y a eu des signes encourageants: torture, dialogue, économie.

Il y a aussi eu des moments désespérants: torture, dialogue, économie.

Où finira-t-il sur ces sujets? Et plusieurs autres qui arriveront bientôt (Irak, droit du travail, défense du privilège exécutif, poursuite de membres de l’administration précédente pour crimes de guerre)?

Ces derniers jours nous ont fait voir un visage de l’équipe Obama que nous ne connaissions pas. Elle a semblé désorganisée.

Ou, peut-être, encore plus centriste qu’on pouvait le craindre. (Est-ce qu’Obama serait le nouveau Clinton?)

L’affaire Daschle d’abord. Sa nomination a été déboutée à  cause de taxes impayées (pour utilisation d’une voiture et d’un chauffeur) alors qu’il n’aurait jamais dû être proposé pour ce rôle. Cet homme avait couché avec les lobbyistes et certains grands acteurs privés du monde de la santé. Et Obama a paru faible pour l’avoir abandonné et mal organisé pour ne pas avoir su au moment de sa sélection qu’il traînait ce scandale potentiel avec lui. Pas tout à  fait une note de 0, on a eu droit à  des excuses (enfin presque). Disons 1/10.

La torture maintenant. Le président a bien émis un règlement qui l’interdit. Enfin presque… Il reste une sortie: la CIA doit évaluer et valider cette directive! Et vendredi, Leon Panetta (en nomination pour devenir le chef de la CIA) a dit, devant le comité du Sénat qui doit officialiser son rôle, a dit que la pratique d’extrader des prisonniers pour qu’ils soient torturés par d’autres nations (les renditions) n’était pas et n’avait pas été la politique des à‰tats-Unis. Alors que le contraire est très bien documenté.

Depuis son arrivée au pouvoir, Obama n’a cessé de courtiser les Républicains. Il a nommé 3 d’entre eux dans son cabinet, il a construit son plan de relance pour qu’il plaise aux Républicains, il les a visités au congrès et les a invités à  prendre un verre à  la Maison Blanche. Résultat: 0 vote pour son plan à  la Chambre des Représentants et (sans doute) 3 au Sénat! Il avait bien annoncé qu’il proposerait une approche bi-partisane, mais cela semble se retourner contre lui dès le début.

Quant à  son plan de relance de l’économie, je n’y comprends plus rien. Dès le début, il contenait un tiers de réductions d’impôts. Ce n’est pas vraiment une surprise, il n’a parlé que de cela pendant la campagne. Mais pourquoi avoir laissé les Représentants écrire le projet? Pourquoi ne pas avoir fait une proposition simple et claire: réductions d’impôts pour les personnes gagnant moins de 250K$, transfert au états pour le maintien des programmes d’aide sociale et pour le démarrage de projets d’infrastructures et lancement d’initiatives génératrices d’emploi (énergie et transports « verts », éducation…)? En laissant l’initiative aux législateurs, ceux-ci n’ont pu s’empêcher d’ajouter ici et là  leurs petits projets préférés et rendre le tout indigeste.

Et tout ceci nous fait voir l’évidence qui règne depuis toujours à  Washington: tout fonctionne comme d’habitude. Où est le changement?

Les politiques d’Obama seront certainement plus centristes que ce qu’on a pu se forcer à  espérer durant la campagne. Après tout, il a convaincu les militants de gauche de travailler pour lui sans jamais vraiment rien promettre (même ses propos sur le retrait des troupes en Irak laissaient toujours de la place à  des modifications en profondeur de sa position), mais ce qu’il a toujours promis explicitement c’est d’apporter des changements à  la culture de Washington. Mais ses choix de conseillers et ministres (Summers et Geithner, Daschle…), les exceptions qu’il accorde à  ses propres règles sur le rôle des lobbyistes, le rôle qu’il laisse aux législateurs, son refus d’affronter les Républicains (jusqu’à  vendredi dernier), tout cela pointe vers la routine habituelle.

Les Américains sont sans doute prêts à  accepter des erreurs et des échecs, mais pas à  ce qu’il renie sa promesse la plus importante de la campagne: le changement. Comme Frank Rich le fait bien ressortir dans sa chronique de samedi dans le NY Times: les à‰tats-Unis sont à  l’aube d’une vague (un tsunami, dit-il) populiste sans précédent. Obama peut soit utiliser cette vague et l’orienter dans les directions qu’il a indiquées pendant la campgagne, ou se faire emporter par elle.

Envoyer ce billet par courriel Envoyer ce billet par courriel Imprimer Imprimer

Vous avez aimé ? abonnez vous au flux RSS et recevez les mise à jour!