Archive pour: mai, 2009

En novembre 2008, lors de l’élection qui  a mené Barack Obama à la présidence, les Californiens étaient également amenés à se prononcer par référendum sur une proposition visant à interdire les mariages pour conjoints de même sexe. Quelques mois plus tôt, un tribunal de cet état avait déclaré que ces mariages devaient être admis. La proposition 8 visait à modifier la constitution de l’état pour les rendre explicitement interdits.

Les mêmes électeurs californiens qui ont (largement) voté pour Obama ont aussi accepté (52% contre 48%, une sérieuse claque) cet amendement.

Le résultat du référendum a été contesté car la procédure d’amendement de la constitution n’est pas la même selon l’ampleur des changements apportés et les défenseurs des droits civils prétendent que la retrait d’un droit existant aurait dû nécessiter la procédure d’amendement plus stricte. La cour suprême de Californie a rendu son verdict cette semaine: le référendum tient, les mariages de conjoints de même sexe sont interdits dans l’État. (La cour a cependant déclaré légaux les 18 000 mariages ayant eu lieu entre la première décision du tribunal et le référendum de novembre!)

Coup de tonnerre hier: David Boies et Theodore Olson, des avocats, ont déposé un appel devant la cour fédérale.

Si ces noms vous rappellent quelque chose, vous n’avez pas tort. Ces messieurs ont été très impliqués dans la plus importante bataille judiciaire de la fin du XXè sièce aux États-Unis: le Bush v. Gore de 2000, quand Bush a convaincu les juges de la Cour Suprême (dont certains nommés par son père!) d’arrêter le décompte manuel des votes en Floride lors de l’élection présidentielle.

Ces deux messieurs étaient les deux avocats principaux des camps opposés.

Le New York Times cite:

“But this is not something that is a partisan issue. This is something that is a civil rights issue.”

Cet appel va cependant à l’encontre de la stratégie mise en place depuis quelques années par les groupes de défense des droits civiques, car il est presque certain que la cause va se retrouver devant la Cour Suprême à moyen terme. Or les groupes de pression croient (sans doute avec raison) que la Cour Suprême n’est pas encore « prête » à entendre leurs arguments et ils ont donc préféré attaquer le problème via les états. Avec un succès certain d’ailleurs. Les tribunaux de l’Iowa (!), du Massachussets et de la Califiornie ont reconnu la légalité des mariages homosexuels et les législatures du Vermont et du Maine l’ont (ou sont sur le point de) intégrer dans leurs lois. New York devrait aussi faire le pas bientôt. Une défaite devant la Cour Suprême ralentirait significativement ces progrès.

Mais le simple fait de voir des adversaires aussi partisans se réunir pour combattre une injustice est rafraîchssant et nous montre à quel point les conservateurs religieux avaient pris le contrôle des débats aux USA.

On sent un changement…

Commentaire (1)

Sonia Sotomayor

Sonia Sotomayor

Alors ce serait la favorite de la première heure, Sonia Sotomayor, selon le New York Times, qui serait nommée par Obama à la Cour Suprême.

2 critères sur 3, comme je l’avais prédit.

Confirmation de mes talents d’analyste plus tard ce matin…

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Obama doit annoncer qui il propose comme 9è juge de la Cour Suprême ce matin vers 10h15 (heure de Washington).

Les conservateurs, encore plus que les Républicains, attendent cette nomination avec impatience.

Leurs causes principales (avortement, droits pour les homosexuels et port d’armes) ont soit disparu complètement de la place publique, ou sont en voie d’être rendue mainstream. Ils comptent donc relancer ces débats en positionnant le (ou sans doute la) favori(te) d’Obama comme une menace à la stabilité de l’État religieux américain,

Les Républicains feront bien un peu de bruit et lanceront quelques attaques contre le président, mais leur insignifiance législative et leur invisibilité dans l’opinion feront en sorte qu’ils auront très peu d’influence.

Revenons à la nomination. Obama choisira sans doute une personne qui satisfait 2 des 3 critères suivants:

  • Une femme;
  • Latino;
  • Homosexuel.

On pourra juger des mes capacités prédictives dans quelques heures!

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Quelle semaine!

Obama a fait jeudi un discour majeur exposant ses objectifs de réforme du système judiciaire américain dans le cadre de la lutte anti-terrorisme. Et il n’y a pas beaucoup de choses qui peuvent plaire dans ses idées. Essentiellement, il souhaite permettre la détention prolongée de personnes soupçonnée de connexions terroristes. Détention sans mise en accusation et sans procès.

Qui aurait cru qu’Obama irait encore plus loin que Bush vers la suppression de l’état de droit?

Le nouveau président souhaite rendre légale une pratique que l’ancien utilisait sans en avoir demandé le pouvoir.

Et même le New York Times, dans un éditorial de vendredi, approuve. Comment la gauche (douce) américaine peut en être rendue là? Ce qu’Obama demande, c’est d’officialiser le pouvoir du président de retirer de la circulation qui il veut sans avoir à se justifier. En fait, les lois anti-terroristes américaines sont déjà très souples et permettent l’emprisonnement (long) pour le support au terrorisme, ce qui inclut participer à un camp d’entraînement et diffuser une chaîne de Hezbollah. Ce que veut réellement Obama, c’est de pouvoir emprisonner des gens qui ne pourraient pas être jugés à cause des mauvais traitements qu’ils ont reçu lors de leurs interrogatoires.

Mais comment mettre des limites à ce qui est finalement une proposition de retirer toutes les limites?

Et qui a donné la réplique répubicaine à ce surprenant discour? Dick Cheney. Ce même Cheney qui fuyait les entrevues et les journalistes du temps qu’il était vice-président est maintenant devant les caméras plusieurs fois par semaine. Cheney, évidemment, cherche à faire assez de bruit pour tenter d’éviter toute poursuite criminelle pour son implication dans la politque de torture systématique qu’il a menée pendent des années. Il doit se dire que s’il demeure au devant de l’opinion, toute accusation portée contre lui pourra être présentée comme une tentative de faire taire ses critques face à Obama. (Mentionnons également qu’il parie sur les terroristes: en disant que la nouvelle administration ne fait pas son boulot, une nouvelle attaque importante sur le sol américain serait immédiatement présentée comme la justification de tout ce qu’il a fait auparavant.)

Les Républicains en sont rendus à ne pas pouvoir présenter un porte-parole plus en ligne avec la réalité et doivent se contenter d’un vieux criminel.

Est-ce que les Américains vont réaliser un jour que permettre à la droite de se retrancher sur sa base chrétienne et ultra-conservatrice enlève toute crédibilité à l’opposition et qu’ils se retrouvent maintenant avec un président démocrate qui veut suspendre, pour toujours, la règle du droit?

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Obama vient de nommer (proposer en fait, le Sénat doit approuver) un Républicain à un poste diplomatique important. Jon Huntsman est présentement gouverneur de l’Utah, il a une longue expérience asiatique et parle le Mandarin.

Il a occupé des postes dans les administrations Bush, père et fils, avant de se faire élire gouverneur de l’Utah.

Et il est mormon.

En faisant le tour de la presse et des blogs ces derniers jours, on peut constater que cette nomination est bien vue à gauche comme à droite.

David Axelrod, le conseiller politique d’Obama, a un jour prétendu que Huntsman était le seul Républicain qu’il craignait en 2012. Il faut préciser que Huntsman est un membre rare d’une espèce en voie de disparition: un Républicain modéré. Il est pour les unions civiles pour les gays et a appelé, dès les lendemains de l’élection, le GOP à se re-centrer. Donc, en le nommant (très) loin de Washington, mais cependant à un poste aussi prestigieux qu’important, Obama éloigne un rival potentiel pour 2012 (même s’il semble mousser la candidature de Huntsman pour 2016, mais ce ne sera plus son problème).

Encore mieux: un commenteur, Al Giordano, voit encore plus loin:

Mitt Romney is technically the frontrunner for the GOP presidential
nomination in 2012. He's got the money, a national organization, and
the on-camera talent and political experience to handle the national
spotlight. Ideologically, his positions line up pretty perfectly with
the conservative GOP platform. If any Republican "deserves" it for
having paid his dues loyally to the party, it's Mitt. And yet it's
extremely unlikely that the said GOP base - we're talking mainly white
Southern Baptists here - is going to get over its Mormonphobia in just
three years enough to make that possible.
The appointment of Huntsman is thus, politically, a slam dunk. When
GOP primary voters inevitably reject Romney once again in the 2012
primaries and caucuses outside of the Mountain West, the resentment -
already boiling after last year's adventures in presidential politics -
among rank-and-file Mormons that the party to whom they've given so
much still doesn't really want them in the Master's house rather than
the servant's quarters, will sting. Meanwhile, another of their
prominent citizens will likely still be Obama's man in Beijing, proof
that somebody in American politics isn't dissing the LDS and
its members. And in key swing states like Nevada and Colorado, LDS
members are legion.
Some said Obama was crazy, back in 2007 and 2008, to reach out to
what conventional wisdom thought was an impenetrable GOP base... Crazy,
like a fox.

Ainsi Obama serait en train de séduire les Mormons pour en accueillir le plus grand nombre après l’éventuelle défaite de Romney aux primaires Républicaines de 2012…

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Mais où va Obama?

Certes il a fermé la plupart des prisons plus ou moins secrètes des USA. Mais on ne voit pas de progrès à Gitmo. Et on ne sait pas grand chose sur Baghram.

Oui, il a autorisé la publication de mémos embarrassants du ministère de la justice, mais ils auraient été publiés de toute façon.

Mais, il continue les tactiques légales de l’administration Bush qui visent à tenir cachées le plus d’informations possible sur les technique de la CIA.

Et cette semaine, il est revenu sur une promesse faite il y a moins d’un mois de publier des photos de mauvais traitements de prisonniers, en reprenant exactement le raisonnement de Bush et Cheney: il ne s’agit que d’écarts de conduite isolés de la part de soldats s’ennuyant dans le désert.

J’ai avancé avant-hier la théorie qu’il s’agissait d’un plan machiavélique pour tenir à l’écart du leadership républicain les hommes politiques ayant une once de jugeote.

Mais même moi je ne crois pas que ce soit la vraie raison.

On pourra dire, comme on a dit de Bush et d’autres chefs d’État, qu’il et mal conseillé. Mais ce n’est pas une excuse. Et je ne vois pas qui pourrait le tromper à ce point.

Le seul et unique responsable est bien Obama.

Veut-il vraiment se concentrer sur les éléments importants à venir de son programme législatif et ne pas détourner l’attention publique sur des événements qui ne pourraient que ralentir la mise en place de son programme?

Ça paraît de moins en moins crédible, car les crimes de l’administration précédente occupe déjà beaucoup la place publique et le feront de plus en plus.

Je crois plutôt qu’il espère que si la crise éclate, et elle éclatera, qu’il ne veut pas en être vu comme l’instigateur.

Mais si c’est le cas, il en fait trop. On commence à le considérer comme un complice après les faits.

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Observer la politique américaine est moins intéressant ces jours-ci.

Certes, tout le monde avait prévu un certain passage sombre pour les Républicains après leurs deux défaites consécutives et, surtout, les 8 ans du règne de Bush. Mais un tel recul? Tant d’absurdité et un repli sur un conservatisme imaginaire comme on le voit depuis quelques semaines?

On a bien ri de l’OPA de Limbaugh au début, on se moque de Steele et ses gaffes, mais tout cela devient sinistre et lugubre. Et je ris encore en me remémorant la répplique de Jindal au discours d’Obama.

Évidemment (en fait, ce n’est peut-être pas si évident que cela) au coeur de la situation actuelle des Républicains on retrouve l’incertitude et le flou artitistique autour d’éventuelles enquêtes sur la torture. Tant que le président, le ministre de la justice ou le congrès n’auront pas clairement annoncé la couleur (qui sera sous enquête, pour quel crime couvrant quelle période), les Républicains ne pourront pas se doter de réels leaders. En effet, quel candidat sérieux oserait pointer son nez à la tête du parti alors que des accusations sérieuses et crédibles peuvent tomber à tout moment? Cet éventuel leader sérieux serait alors obligé de prendre position, soit en défendant des criminels de guerre, soit en contre des anciens dirigeants du GOP.

C’est peut-être l’objectif de la stratégie de non-action d’Obama?

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