Je vais faire le point toutes les semaines sur le dossier de la torture aux États-Unis.

Que s’est-il passé cette semaine?

Le développement important et surprise de la semaine: John Yoo devra témoigner! Un juge a autorisé José Padilla à intenter une poursuite civile contre le gouvernement pour les traitements qu’il a subi (pas à Gitmo, Padilla est citoyen américain) et a ordonné à Yoo de venir expliquer pourquoi il a écrit son célèbre mémo fournissant une justification légale aux techniques de torture utilisées.

The Economist publie une entrevue avec Greenwald, qui discute toujours avec autant de rigueur des responsabilités de l’administration.

L’ACLU (American Civil Liberties Union) a lancé un nouveau site entièrement dédié aux actualités sur le dossier de la torture.

Et on attendait vendredi une version non-censurée des transcriptions des tribunaux militaires de Gitmo. Mais apparemment, la CIA a bien livé la marchandise. Mais par la poste!

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Quelle semaine!

Obama a fait jeudi un discour majeur exposant ses objectifs de réforme du système judiciaire américain dans le cadre de la lutte anti-terrorisme. Et il n’y a pas beaucoup de choses qui peuvent plaire dans ses idées. Essentiellement, il souhaite permettre la détention prolongée de personnes soupçonnée de connexions terroristes. Détention sans mise en accusation et sans procès.

Qui aurait cru qu’Obama irait encore plus loin que Bush vers la suppression de l’état de droit?

Le nouveau président souhaite rendre légale une pratique que l’ancien utilisait sans en avoir demandé le pouvoir.

Et même le New York Times, dans un éditorial de vendredi, approuve. Comment la gauche (douce) américaine peut en être rendue là? Ce qu’Obama demande, c’est d’officialiser le pouvoir du président de retirer de la circulation qui il veut sans avoir à se justifier. En fait, les lois anti-terroristes américaines sont déjà très souples et permettent l’emprisonnement (long) pour le support au terrorisme, ce qui inclut participer à un camp d’entraînement et diffuser une chaîne de Hezbollah. Ce que veut réellement Obama, c’est de pouvoir emprisonner des gens qui ne pourraient pas être jugés à cause des mauvais traitements qu’ils ont reçu lors de leurs interrogatoires.

Mais comment mettre des limites à ce qui est finalement une proposition de retirer toutes les limites?

Et qui a donné la réplique répubicaine à ce surprenant discour? Dick Cheney. Ce même Cheney qui fuyait les entrevues et les journalistes du temps qu’il était vice-président est maintenant devant les caméras plusieurs fois par semaine. Cheney, évidemment, cherche à faire assez de bruit pour tenter d’éviter toute poursuite criminelle pour son implication dans la politque de torture systématique qu’il a menée pendent des années. Il doit se dire que s’il demeure au devant de l’opinion, toute accusation portée contre lui pourra être présentée comme une tentative de faire taire ses critques face à Obama. (Mentionnons également qu’il parie sur les terroristes: en disant que la nouvelle administration ne fait pas son boulot, une nouvelle attaque importante sur le sol américain serait immédiatement présentée comme la justification de tout ce qu’il a fait auparavant.)

Les Républicains en sont rendus à ne pas pouvoir présenter un porte-parole plus en ligne avec la réalité et doivent se contenter d’un vieux criminel.

Est-ce que les Américains vont réaliser un jour que permettre à la droite de se retrancher sur sa base chrétienne et ultra-conservatrice enlève toute crédibilité à l’opposition et qu’ils se retrouvent maintenant avec un président démocrate qui veut suspendre, pour toujours, la règle du droit?

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Mais où va Obama?

Certes il a fermé la plupart des prisons plus ou moins secrètes des USA. Mais on ne voit pas de progrès à Gitmo. Et on ne sait pas grand chose sur Baghram.

Oui, il a autorisé la publication de mémos embarrassants du ministère de la justice, mais ils auraient été publiés de toute façon.

Mais, il continue les tactiques légales de l’administration Bush qui visent à tenir cachées le plus d’informations possible sur les technique de la CIA.

Et cette semaine, il est revenu sur une promesse faite il y a moins d’un mois de publier des photos de mauvais traitements de prisonniers, en reprenant exactement le raisonnement de Bush et Cheney: il ne s’agit que d’écarts de conduite isolés de la part de soldats s’ennuyant dans le désert.

J’ai avancé avant-hier la théorie qu’il s’agissait d’un plan machiavélique pour tenir à l’écart du leadership républicain les hommes politiques ayant une once de jugeote.

Mais même moi je ne crois pas que ce soit la vraie raison.

On pourra dire, comme on a dit de Bush et d’autres chefs d’État, qu’il et mal conseillé. Mais ce n’est pas une excuse. Et je ne vois pas qui pourrait le tromper à ce point.

Le seul et unique responsable est bien Obama.

Veut-il vraiment se concentrer sur les éléments importants à venir de son programme législatif et ne pas détourner l’attention publique sur des événements qui ne pourraient que ralentir la mise en place de son programme?

Ça paraît de moins en moins crédible, car les crimes de l’administration précédente occupe déjà beaucoup la place publique et le feront de plus en plus.

Je crois plutôt qu’il espère que si la crise éclate, et elle éclatera, qu’il ne veut pas en être vu comme l’instigateur.

Mais si c’est le cas, il en fait trop. On commence à le considérer comme un complice après les faits.

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Quelle déception. Hier, l’administration Obama avait, pour la première fois, la chance de montrer son vrai visage sur la question de la torture. Résultat: ça ressemble vachement à  Bush.

Petit résumé de l’histoire. 5 hommes poursuivent une filiale de Boing (Jeppesen) pour avoir jouer un rôle important dans leur déportation vers des pays « amis », dont le Maroc, pour y être brutalement torturés. Lors du procès en première instance, en Californie, le juge a interrompu le procès suite à  la demande de l’administration (Bush), qui prétend que dévoilé certains renseignements pertinents à  cette affaire mettrait en danger la sécurité des USA. Cette fois, en appel, le juge a demandé au procureur si des événements récents remettaient en question cette position. Le représentant de l’administration (Obama) a répondu que non, les responsables actuels du Ministère de la justice maintenaient la position précédente.

Andrew Sullivan ne souhaite pas arriver trop tôt à  des conclusions basée sur des « non décisions », ie. maintenir des positions de l’administration précédente.

Glenn Greenwald, quant à  lui, est en colère (ici et ici). Il reprend les arguments de l’ACLU (American Civil Liberties Union, un organisation qui défend les droits civils).

Il ajoute:

It will be extremely difficult for even the most loyal Obama followers to deny that this was an active and conscious decision on the part of the Obama DOJ to embrace one of the most extreme abuses of the Bush presidency.

Cependant, Sullivan n’est pas le seul à  s’accrocher. Le NY Times adoucit la réalité en mentionnant que, selon un porte-parole du Ministère de la Justice, à  partir de maintenant, cet argument serait utilisé moins souvent.

Keith Olberman, hier soir sur MSNBC, cherche à  y croire en répétant une promesse récente du nouvel Attorney General, Timothy Holder, de procéder à  une révision cas par cas de toutes les poursuites encore en cours où le gouverment a utilisé l’argument du secret d’état.

Le seul argument qui pourrait éventuellement me convaincre impliquerait des renseignements concernant le Maroc ou un autre pays de tortionnaires dont la divulgation risquerait de rendre la relation avec les à‰tats-Unis invivable.

Mais même dans ce cas, Obama et Holder aurait dû réagir différemment.

On ne peut pas vouloir personnaliser le changement et continuer les pires politiques de Bush.

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Je ne croyais vraiment pas écrire un billet sur Dick Cheney deux semaines à  peine après son départ. Mais l’affreux en chef a déjà  refait surface, en faisant feu de tous ses canons.

Politico a publié aujourd’hui une entrevue avec l’ancien VP qui a déclenché une tempête parmi les commentateurs et blogueurs (New York Times, Alex Koppelman, Greenwald, Marc Ginsberg (Huff Post), Joe Klein, Michael Falcone (encore le NYT), Mark Silva et Andy Rostroy, qui gagne le prix du meilleur titre: Guess What? Cheney’s Still a Dick!).

Et pourquoi tout ce bruit? Cheney prévient les Américains qu’avec Obama à  la Maison Blanche, une attaque terroriste est certainement imminente.

Former Vice President Dick Cheney warned that there is a “high probability” that terrorists will attempt a catastrophic nuclear or biological attack in coming years, and said he fears the Obama administration’s policies will make it more likely the attempt will succeed.

Les politiques d’Obama qui favoriseront cette éventuelle attaque nucléaire ou bactériologique (non, pas les 2 en même temps: les radiations tueraient les microbes)? La fermeture de Gitmo et l’interdiction de la torture.

Je n’arrive pas à  croire qu’il puisse demeurer sérieux en disant cela.

Il est affreux, mais il n’est pas imbécile.

Selon moi, il sent (mieux que bien des Démocrates) que des enquêtes pour crimes de guerre qui mèneraient rapidement jusqu’à  lui sont en préparation et il tente pré-mobiliser sa base pour qu’elle soit prête à  intervenir au moment le plus important: avant la tenue de ces enquêtes.

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Rush Limbaugh

Le paysage de la droite politique américaine prend un virage pour le moins intéressant ces jours-ci. Il y a quelques jours, et après 6 tours de scrutin, les Républicains choisissaient Michael Steele comme chairman du parti (secrétaire général, président, l’administrateur en chef des instances). Steele est africain-américain.

Mais ce n’est ni lui, ni John Boehner (le chef des Républicains à  la Chambre des représentants), ni Mitch McConnell (le chef des Républicains au Sénat) qui représente la droite depuis le départ de Bush.

C’est un animateur de talk radio! Depuis des années, Rush Limbaugh domine complètement les ondes AM des à‰tats-Unis avec une émission (très) populiste et toujours de droite, loin à  droite. Il a mené une campagne très dure contre la nomination de John McCain, le trouvant trop centriste.

Les dernières élections ayant eu comme résultat d’éliminer presque tous les Républicains modérés (il en reste quelques unes au Sénat et aucun à  la Chambre des représentants), le parti se trouve donc concentré vers son aile extrémiste. Et Limbaugh a toujours été la manifestation publique et vocale (vociférante, plutôt) de cette tendance.

Obama et son équipe ont bien compris cette réalité. Le président a commencé à  jouer les élus contre Limbaugh ces derniers jours, en présentant l’animateur comme le porte-parole des Républicains. Tactique machiavélique! Même si beaucoup d’élus Républicains sont effectivement très à  droite, ils ne partagent pas nécessairement les positions les plus extrémistes du tribun des ondes (anti-environnementalisme, anti-féminisme, anti-immigration, pro-torture et son racisme presque explicite). Mais ces mêmes politiciens ne peuvent pas se permettre de critiquer Limbaugh, car leurs électeurs sont aussi les fidèles auditeurs de Rush (13 millions!).

Obama semble jouer sur deux tableaux: d’une part il fait copain-copains avec les Répblicains (plusieurs d’entre eux seront à  la Maison Blanche ce soir pour voir le Super Bowl avec lui), et en même temps il tente de les pousser encore plus à  droite pour mieux rattraper les centristes et les modérés. à€ court terme, cettre approche tactique semble bonne, mais il court (et surtout il fait courir aux Américains) un risque de retour de balancier très violent si son plan de relance de l’économie ne fonctionne pas, ou ne fonctionne pas assez rapidement pour satisfaire l’électorat.

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